Savoir reconnaître les signes cliniques qui justifient une consultation en ophtalmologie


Il est nécessaire d’être sensibilisé aux différents signes d’appel d’une affection ophtalmologique. Beaucoup d’entre elles peuvent avoir un impact sur la vision et/ou le confort de l’animal à très court terme. Les signes d’appel suivants peuvent être présents de manière isolée ou plusieurs peuvent être associés en fonction de l’affection en cause. On en distingue trois principalement.

 

La perte de vision ou cécité

Si elle est brutale, il s’agit d’une urgence absolue, le potentiel de récupération dépendant souvent de la rapidité avec laquelle un traitement peut être instauré ; parmi toutes les affections oculaires possibles, citons : l’hypertension oculaire aiguë ; les décollements de rétine et autres affections inflammatoires et vasculaires de la partie postérieure de l’œil contenant la rétine ; les inflammations du nerf optique et de la partie du système nerveux central en charge de la vision.

Décollement de rétine chez un chat. La rétine est visible directement et correspond à cette membrane parcourue de vaisseaux sanguins visibles sur la photo. Les deux yeux étaient touchés. Le décollement est complet dans ce cas et entraîne une cécité brutale. Une hypertension artérielle a été identifiée. Après un traitement instauré en urgence, le chat a recouvré la vision.

Néanmoins, il arrive fréquemment que la perte de vision ne concerne qu’un œil à la fois, et dans ce cas, il est possible et fréquent pour le propriétaire de ne se rendre compte de rien ; en effet, l’autonomie de l’animal n’est généralement pas modifiée dans ce cas.

Il est fréquent que les cécités ne s’accompagnent pas de modification d’aspect de l’œil. Sinon, il est possible d’observer dans certains cas :

  • un reflet vert plus marqué indiquant une dilatation des pupilles
  • un œil trouble, moins brillant
  • des signes d’abattement et de perte d’appétit

 

L’inflammation et la douleur oculaire

Les signes fonctionnels de l’inflammation et de la douleur oculaire sont associés à de nombreuses maladies rencontrées en ophtalmologie vétérinaire. Ces signes sont souvent relativement spectaculaires. Les plus évidents sont : un clignement anormalement fréquent des paupières sur l’œil concerné ; une diminution voire une fermeture des paupières ; un larmoiement abondant ; une exacerbation des signes précédemment cités à la lumière du jour (photophobie) ; une rougeur des conjonctives. Ces signes d’appel sont néanmoins perçus plus ou moins rapidement en fonction de la conformation faciale et du type de pelage de l’animal concerné.

Douleur et inflammation oculaire aiguë chez un chien. Un ulcère cornéen a été diagnostiqué sur cet œil. Les paupières sont fermées et l’œil pleure abondamment

 

Ces signes ne sont absolument pas spécifiques d’une maladie en particulier ; on peut ainsi les rencontrer en cas d’inflammation bénigne des conjonctives (conjonctivite), en cas d’ulcère de cornée, mais aussi dans le cadre de certaines atteintes endo-oculaires (uvéite, glaucome, luxation de cristallin) pour lesquelles le pronostic visuel peut être en jeu. D’une manière générale, ces signes traduisent une inflammation aiguë qu’il convient de gérer très rapidement.

 

Les modifications d’aspect de l’œil

Enfin, le dernier signe d’appel et motif de consultation correspond à une modification d’aspect de l’œil mise en évidence par le propriétaire : un « blanchiment » de l’œil par exemple en cas d’évolution d’une cataracte (opacification du cristallin) ; un « bleuissement » de l’œil dans le cadre de certaines dégénérescences séniles de la cornée ou du cristallin. Ces motifs de consultation ne représentent habituellement pas une urgence. Mais d’autres modifications peuvent aussi correspondre à des variations du diamètre de la pupille, des luxations de cristallin pouvant nécessiter une prise en charge en urgence.

Cataracte évolutive chez un York Shire de 9 ans : « blanchiment » de l’œil et cécité progressive.

En conclusion, les trois signes d’appel –douleur/inflammation, perte de vision, et modification d’aspect de l’œil- peuvent tous potentiellement correspondre à des affections sérieuses à traiter rapidement, voire des urgences absolues, sans qu’il soit facilement possible de faire la part des choses à la maison. En outre, le « degré d’expression » pour le propriétaire de ces signes est extrêmement variable d’un animal à l’autre. Il dépend en effet de nombreux critères. Le mode de vie et l’activité du chien rendent par exemple une cécité plus ou moins handicapante ; la conformation faciale ainsi que le type de pelage de l’animal (poils longs ou courts, museau long ou court) rendent les modifications d’aspect de l’œil plus ou moins évidentes.